Les violences peuvent laisser des traces durables, visibles ou invisibles, qui affectent autant le corps que l’esprit. Depuis plusieurs années, des recherches montrent que ces expériences fragilisent la santé globale. Lorsqu’il s’agit de violences sexistes et sexuelles, ces répercussions prennent souvent une dimension intime.
Elles ne se manifestent pas de la même façon pour tout le monde : certaines personnes vont ressentir des effets immédiats, d’autres les découvrir plus tard. Mais peuvent avoir en commun de voir leur équilibre bouleversé dans des aspects essentiels de leur vie.
Parmi ces répercussions, celles qui concernent l’intimité et la sexualité occupent une place particulière. Elles touchent le rapport au corps, au désir et aux relations, et méritent une attention spécifique pour permettre aux personnes concernées d’avancer dans leur reconstruction.
Les impacts sur le désir et le plaisir
Les violences sexistes et sexuelles peuvent avoir des répercussions directes sur le désir et le plaisir. Il peut s’agir :
- D’une perte totale ou partielle de la libido, qui traduit la difficulté à retrouver une envie sexuelle après un traumatisme.
- Une difficulté à ressentir du plaisir ou de l’excitation. Ce qui, auparavant, pouvait être vécu comme une source de bien-être devient alors inaccessible ou marqué par une impression de blocage.
- Une aversion pour la sexualité, qui apparaît avec des sentiments de répulsion ou de rejet du contact physique. La sexualité, loin d’être un espace d’épanouissement, est alors vécue comme une source d’inconfort ou d’angoisse.
Ces réactions rappellent que le désir et le plaisir sont intimement liés au sentiment de sécurité. Quand celui-ci est fragilisé par les violences, la sexualité peut perdre sa spontanéité et devenir un espace difficile à investir.
Le rapport au corps et à l’intimité
Les violences sexistes et sexuelles affectent profondément la manière dont une personne perçoit son corps et vit l’intimité. Là où le corps devrait être un lieu de sécurité, il peut devenir une source d’inconfort ou d’étrangeté, dont :
- Une dissociation, c’est-à-dire une impression de coupure ou de déconnexion avec leur propre corps,
- Un rejet de leur corps, parfois associé à une honte persistante ou à la sensation que ce corps n’est plus vraiment le leur,
- Une négligence de l’hygiène, comme si prendre soin de soi n’avait plus de sens, ou au contraire par une propreté obsessionnelle, marquée par des lavages répétés,
- Des comportements auto-agressifs, comme les scarifications.
Les troubles sexuels spécifiques
Les troubles sexuels peuvent apparaître sous différentes formes. Parmi eux :
- La dyspareunie, qui désigne des douleurs lors des rapports,
- Le vaginisme, une impossibilité d’avoir une pénétration liée à une contraction involontaire des muscles du vagin,
- Des troubles de l’érection ou de l’éjaculation, qui rendent la sexualité difficile à vivre, chez les hommes,
- Une anorgasmie, c’est-à-dire l’incapacité à atteindre l’orgasme.
Ces difficultés touchent autant le corps que le vécu émotionnel. Elles peuvent être source de frustration ou de perte de confiance.
Les peurs et blocages psychologiques
Les conséquences psychologiques peuvent se manifester à travers différentes peurs qui perturbent la vie intime et relationnelle. Ces peurs, bien qu’invisibles, ont un impact direct sur la manière d’entrer en relation avec soi-même et avec les autres. On retrouve :
- Des reviviscences ou flashbacks qui surviennent pendant les rapports sexuels, ramenant brutalement la personne à l’expérience traumatique,
- Une peur de l’intimité et des relations amoureuses, où la proximité physique ou émotionnelle est vécue comme une menace, et qui rend difficile l’établissement ou le maintien d’un lien affectif,
- Des crises d’angoisse ou un état de dissociation au cours de l’acte, comme si leur corps et leur esprit se déconnectaient pour échapper à la situation.
Les changements de comportements affectifs et sexuels
Les conséquences du traumatisme ne se limitent pas au désir ou au rapport au corps, elles peuvent aussi modifier en profondeur les comportements affectifs et sexuels :
- L’hypervigilance dans les relations intimes est fréquente : chaque geste, chaque mot peut être perçu comme une menace potentielle,
- Une hypersexualité, parfois marquée par des comportements à risque comme des rapports non protégés,
- Une difficulté à établir une relation stable et sécurisante, ce qui peut nourrir un sentiment d’instabilité,
- La recherche de contrôle dans la sexualité ou au contraire, la soumission excessive,
- Des périodes de rejet de la sexualité et des périodes de recherche de validation à travers le sexe,
- Un questionnement sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, témoignant de la profondeur du bouleversement vécu.
Questions fréquentes
Est-ce que toutes les personnes vivent les mêmes conséquences après une violence ?
Non. Les réactions sont très variées. Certaines personnes vont ressentir une baisse de désir, d’autres des troubles sexuels précis, ou encore des peurs liées à l’intimité. Chaque vécu est unique, et il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » réaction.
Ces conséquences disparaissent-elles avec le temps ?
Elles peuvent s’atténuer, surtout si la personne est accompagnée. Mais dans certains cas, elles persistent longtemps si elles ne sont pas reconnues ou prises en charge. Le soutien professionnel et l’entourage jouent un rôle essentiel.
Peut-on retrouver une vie intime et sexuelle épanouie après un traumatisme ?
Oui, c’est possible. Le chemin peut être long et demande un accompagnement adapté, mais beaucoup de personnes parviennent à reconstruire une sexualité qui leur correspond, à leur rythme et selon leurs besoins.
Est-ce normal d’avoir honte ou de se sentir coupable ?
Il est fréquent que la honte ou la culpabilité apparaissent après un traumatisme sexuel. Ces émotions peuvent se traduire par une aversion pour la sexualité, un rejet du corps ou une difficulté à faire confiance. Elles font partie des réactions possibles, même si elles peuvent être très lourdes à porter.

