Les thérapies corporelles pour se reconstruire

Après un traumatisme, le corps peut être profondément impacté, mais il peut aussi devenir un véritable allié dans le processus de reconstruction.

Parmi les thérapies alternatives et complémentaires (TAC) recommandées par l’Organisation Mondiale de la Santé, on trouve les thérapies corporelles, ainsi que d’autres approches différentes comme les groupes de parole, la pair-aidance ou les thérapies artistiques.

Il existe différents types de thérapies corporelles, proposées par des professionnel·les formé·es ou des associations spécialisées, qui offrent chacune des méthodes variées pour se reconnecter à son corps et accompagner la gestion des effets du traumatisme.

⚠️ Il est important de retenir que ces pratiques ne remplacent pas une prise en charge médicale ou psychologique. Elles sont destinées à compléter les soins conventionnels et à être utilisées en parallèle d’une prise en charge adaptée.
Il convient également de faire attention aux dérives.

Dans cet article, nous présentons les principaux types de thérapies corporelles et expliquons comment elles peuvent accompagner la reconstruction après un traumatisme.

Les thérapies basées sur des pratiques corporelles et manuelles

Il existe des pratiques corporelles et manuelles qui permettent de soulager les tensions physiques, de soutenir le bien-être du corps, et d’aider à retrouver confort et équilibre.

  • Ostéopathie : Selon le ministère de la Santé, l’ostéopathie utilise des manipulations douces sur les articulations, les muscles et les tissus pour aider le corps à retrouver un équilibre global. Elle considère comment chaque partie du corps est reliée aux autres, et vise à soulager douleurs et tensions tout en favorisant un fonctionnement harmonieux.
  • Chiropraxie : La chiropraxie se concentre sur la colonne vertébrale et le système musculo-squelettique, en utilisant des manipulations ciblées pour corriger des problèmes de posture et améliorer le mouvement. Son approche est plus centrée sur la prévention et la correction des tensions spécifiques.
  • Massage thérapeutique : Réalisé par des professionnel·les de santé diplômé·es, le massage thérapeutique agit directement sur les zones douloureuses ou tendues identifiées par un diagnostic. Il soulage les symptômes localisés et complète d’autres soins médicaux ou paramédicaux, avec une approche plus ciblée que l’ostéopathie ou la chiropraxie.
  • La rééducation posturale et énergétique : La rééducation posturale est une approche thérapeutique visant à corriger les déséquilibres posturaux et à améliorer la stabilité corporelle. La Rééducation Posturale Globale (RPG), en particulier, se concentre sur l’étirement actif des muscles raccourcis, la réduction de la pression sur les articulations, l’alignement musculaire et articulaire, ainsi que sur la prévention des déséquilibres posturaux en traitant le corps dans sa globalité.

Les approches corps-esprit

Les approches corps-esprit regroupent des pratiques qui aident à réguler les émotionsréduire le stress et mieux vivre les sensations corporelles liées aux traumatismes, tout en renforçant la connexion entre le corps et l’esprit pour favoriser un mental apaisé et un sentiment de calme.

  • La méditation et pleine conscience (mindfulness) : Selon Jon Kabat-Zinn, la pleine conscience consiste à porter notre attention de manière délibérée, au moment présent, sans jugement de valeur. En pratique, cela signifie être attentif à ce que l’on perçoit avec nos cinq sens, à nos sensations corporelles, à nos émotions et à nos pensées.
    • D’après une étude de Heeren & Philippot (2010), elle peut améliorer la gestion de la douleur, soutenir le fonctionnement du système immunitaire, réduire les effets physiologiques du stress. Elle se distingue ainsi par sa simplicité et son accessibilité, chacun pouvant la pratiquer au quotidien, sans matériel ni cadre particulier.
    • D’après une étude de Bishop et al. (2004), deux points sont essentiels pour pratiquer efficacement :
      • Se concentrer sur l’instant présent : apprendre à ramener son attention sur ce que l’on vit ici et maintenant, plutôt que de se laisser emporter par ses pensées, ses inquiétudes ou ses souvenirs
      • Adopter une attitude ouverte et curieuse : accueillir ce que l’on ressent sans le juger, observer avec curiosité et accepter ce qui se présente pour pouvoir réagir de manière adaptée, plutôt que de se bloquer ou se critiquer.La pratique de la pleine conscience a montré plusieurs effets positifs sur la santé.
  • L’hypnose thérapeutique : L’hypnose thérapeutique vise à encourager le changement en aidant le ou la patient·e à reprendre confiance et à retrouver l’initiative dans sa vie. L’état hypnotique est un mode de fonctionnement psychologique normal, parfois appelé « veille paradoxale », que la plupart des personnes peuvent mobiliser. Dans ce cadre, le ou la thérapeute aide à travailler sur des émotions ou des souvenirs douloureux, en favorisant une position active et respectueuse du/de la patient·e. Ce qui rend l’hypnose singulière, c’est sa capacité à permettre de modifier certaines perceptions liées au traumatisme, tout en renforçant la confiance en soi et l’autonomie.
  • La sophrologie : La sophrologie est une pratique psychocorporelle qui combine des techniques de relaxation, des exercices de respiration et de l’évocation positive. Elle vise à renforcer la conscience du corps et de l’esprit, à mieux gérer le stress, les émotions et certaines réactions corporelles. Elle peut être utilisée soit comme accompagnement dans la vie quotidienne, pour apprendre à mieux se connaître et gérer son stress, soit comme outil thérapeutique, pour soulager certains troubles fonctionnels ou psychologiques (INSERM).
  • Le yoga : Le yoga est une pratique ancestrale qui relie le corps, l’esprit et l’âme. Au-delà de ses effets physiques, il aide à réduire le stress, à renforcer la conscience corporelle et à mieux gérer les émotions. Dans le cadre des traumatismes, le yoga agit de plusieurs façons : il active le mécanisme naturel de détente du corps, ce qui apaise l’anxiété et l’hypervigilance ; il améliore le lien corps-esprit ; et il favorise une meilleure stabilité émotionnelle. En modulant les réponses physiologiques et émotionnelles au stress, la pratique régulière du yoga peut contribuer à atténuer les effets du trauma et à restaurer un sentiment de sécurité intérieure.
  • Le Tai Chi : Le Tai Chi est une pratique qui combine la pleine conscience, le mouvement et l’attention portée à la posture et à la respiration. D’après une étude (Niles et al., 2022), les personnes qui le pratiquent rapportent une forte satisfaction, avec des effets de relaxation, une réduction des symptômes liés à la santé mentale, ainsi qu’une amélioration de la douleur, du fonctionnement physique et du fonctionnement cognitif.

Les autres thérapies corporelles douces

Les thérapies corporelles douces permettent de restaurer la confiance en soi, de reprendre le pouvoir sur son intégrité physique et d’affirmer son corps après un traumatisme.

  • La danse-thérapie : C’est une approche qui utilise le mouvement et la danse comme outil de soin. Elle aide les personnes à se reconnecter à leur corps, souvent fragilisé par le trauma, et à exprimer des émotions difficiles. En retrouvant des sensations, en libérant les tensions et en partageant le mouvement dans un cadre sécurisant, la danse-thérapie peut apaiser certains symptômes liés au traumatisme, comme l’anxiété, la dissociation ou l’évitement, et soutenir un mieux-être global.
  • La self-défense : La self-défense est comprise comme une démarche éducative visant à autonomiser les individus en leur fournissant des compétences pour prévenir, interrompre et résister à une agression. Elle inclut non seulement des techniques physiques, mais aussi des stratégies de conscience, d’affirmation, de désescalade, ainsi qu’une réflexion sur les conditions sociales qui facilitent la violence et sur les barrières psychologiques à la résistance.
  • Le sport : Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, le sport aide à prévenir certaines maladies comme les problèmes cardiovasculaires, le diabète ou certains cancers, et à améliorer aussi la santé du cerveau. L’activité physique réduit les symptômes d’anxiété et de dépression, favorise un meilleur sommeil et contribue à un sentiment général de bien-être. À l’inverse, le manque de mouvement augmente les risques de maladies et fragilise la santé sur le long terme. Ce qui rend le sport particulier dans ce contexte, c’est sa capacité à renforcer la vitalité globale et à redonner de l’énergie au quotidien.
  • Le Somatic Experiencing : Il s’agit d’une approche thérapeutique centrée sur le corps, pour aider à surmonter les effets du traumatisme. Plutôt que de replonger dans les souvenirs douloureux, elle invite la personne à se concentrer sur ses sensations physiques, de façon progressive et sécurisée. Cela permet de décharger l’excès de stress resté bloqué dans l’organisme, de retrouver un meilleur équilibre du système nerveux et d’apaiser des symptômes comme l’anxiété, les flashbacks ou les tensions corporelles. Ce qui la distingue, c’est qu’elle agit directement sur le système nerveux, sans nécessiter de verbaliser l’événement traumatique.
  • L’Emotional Freedom Technique (EFT) : Méthode thérapeutique qui combine des tapotements doux sur des points d’acupuncture avec des phrases permettant de reconnaître ses émotions et ses souvenirs difficiles. Elle vise à réduire les symptômes liés au stress, à l’anxiété, à la dépression, et à d’autres traumatismes psychologiques en modulant le stress physiologique et émotionnel.
  • L’escrime thérapetique : L’escrime est aujourd’hui utilisée comme médiateur thérapeutique auprès des personnes victimes de violences sexuelles et sexistes. Encadrée par des maîtres d’armes et des professionnel·les la santé, elle vient en complément d’un suivi médical ou psychologique. Grâce à la tenue protectrice, au masque qui anonymise et à l’absence de contact “corps à corps”, l’escrime offre un cadre sécurisant pour se réapproprier son corpsse reconnecter à ses émotions et travailler sur les traumatismes dont le corps a conversé la mémoire.

La réappropriation du corps

Après un traumatisme, la relation au corps peut être profondément bouleversée. Certaines personnes ressentent une dissociation ou un détachement de leur enveloppe corporelle, parfois associé à un rejet de leur image. Cela peut se traduire par un manque de soins et d’attention envers soi (hygiène négligée, absence d’entretien), ou au contraire par une obsession pour la propreté (lavages répétés, douches compulsives). Dans d’autres cas, la douleur et la colère peuvent s’exprimer par des automutilations ou des comportements d’auto-agression.

Ces réactions sont des conséquences directes des violences subies, qui fragilisent le sentiment de sécurité intérieure et peuvent laisser la personne étrangère à son propre corps.

La réappropriation corporelle est donc une étape essentielle du processus de reconstruction. Elle peut passer par de petites actions du quotidien : reprendre soin de soi avec douceurapprendre à écouter ses sensations physiques, ou encore explorer des approches comme les thérapies corporelles. Ces pratiques, toujours adaptées au rythme de chacun, aident progressivement à retrouver une sensation de sécurité dans son corps et à renouer avec une forme de confiance en soi.


Questions fréquentes

Il n’existe pas de réponse unique : chaque personne peut avoir besoin d’approches différentes pour avancer. L’essentiel est de se tourner vers des professionnel·les spécialisé·es, qui sauront orienter vers les méthodes les plus adaptées. Certaines pratiques corporelles ou créatives peuvent venir en complément d’un suivi médical ou psychologique, à condition d’être accompagné·es dans un cadre sécurisant.

Se reconnecter à son corps passe par de petites étapes, comme prendre le temps de respirer profondément, pratiquer une activité douce, ou explorer des approches thérapeutiques adaptées. L’important est d’y aller à son rythme et d’écouter ses sensations.

Après un traumatisme, il est fréquent de ressentir une dissociation ou une impression de décalage avec son corps. C’est un mécanisme de protection neurobiologique qui permet de se mettre à distance de la douleur. Cette expérience est normale, et il existe des pratiques pour progressivement retrouver cette connexion.

Se retrouver avec soi-même, c’est prendre du temps pour écouter son corps, ses émotions et ses besoins. Cela peut passer par des moments de calme, des activités créatives ou physiques, ou encore par l’accompagnement d’une thérapie corporelle. Le plus important est de respecter son propre rythme et de s’autoriser à avancer pas à pas.

Les effets peuvent varier selon la personne et la pratique choisie. Certaines personnes ressentent des bienfaits dès les premières séances, tandis que pour d’autres, il peut falloir plusieurs semaines de pratique régulière.

Il est important d’écouter son corps et ses ressentis. Se renseigner sur la pratique, discuter avec le ou la professionnel·le et commencer progressivement permet de déterminer ce qui est le plus approprié pour soi.

Non, elles viennent en complément des soins médicaux ou psychologiques et ne remplacent pas un suivi professionnel.